PRIX IMMOBILIER : LES INDICES EN ETAT DE SIDERATION – Les Echos

Après leur suspension pour cause de confinement, les indices des prix immobiliers Meilleurs Agents – «Les Echos» font montre d’une remarquable stabilité. Le marché est comme cristallisé dans son état préconfinement, mais les transactions ont repris avec vigueur.

 

Après deux mois d’apnée, le marché immobilier recommence à respirer. Plus exactement, il reprend une grande bouffée d’air comme les plongeurs privés trop longtemps d’oxygène. A partir du 11 mai et même un peu avant grâce aux progrès de la digitalisation, le marché est reparti avec vigueur. « Nous avons perdu environ 165.000 transactions pendant le confinement, explique Thomas Lefebvre, directeur scientifique de Meilleurs Agents, et nous observons aujourd’hui une reprise en U. C’est une très bonne nouvelle. Les transactions engagées ont été finalisées alors que, beaucoup de délais ayant été prorogés, les acheteurs auraient pu abandonner leur projet. Cela n’a pas été le cas. »

Reste à savoir s’il s’agit d’un simple rebond technique ou si la reprise sera durable. Selon Thomas Lefebvre, trois grands moteurs sont nécessaires pour soutenir le marché : l’emploi, le crédit et la confiance. Concernant l’emploi, « pour l’instant, le gouvernement a fait le job, estime-t-il, mais pourra-t-on échapper à des faillites en masse et aux licenciements qui en découleraient ? »

Tensions sur le crédit

 

Quant au crédit, il considère que le problème n’est pas tant la légère tension sur les taux, d’ailleurs déjà observée pendant la période préconfinement, que les conditions d’octroi des banques : « elles n’aiment pas l’incertitude, mais parallèlement, elles ont à remplir des objectifs crédit alors que la machine s’est enrayée pendant deux mois ». Pour l’instant, il semble bien que les établissements appuient plutôt sur le frein. A tel point que les associations professionnelles représentatives des intermédiaires en « opérations de banque et en services de paiement » (1) se sont de nouveau réunies, le 15 mai, pour faire le point sur le resserrement des conditions d’accès des ménages au crédit immobilier. Selon elles, l’augmentation des refus bancaires ainsi que des situations contentieuses entre intermédiaires et prêteurs deviennent inquiétantes.

« Les deux moteurs que sont l’emploi et le crédit conditionnent le troisième, celui de la confiance, souligne Thomas Lefebvre. Le mois de juin sera intéressant à observer car nous aurons de nouvelles promesses de vente et nous aurons plus de réponses dans le courant de l’été. »

Prix à l’arrêt

 

Pour l’instant, les prix font montre d’une grande stabilité. Le rythme de hausse de l’ordre de 1 % par mois observé jusqu’en février dans les métropoles les plus dynamiques, dont Paris , s’est brutalement interrompu. Le marché reste en équilibre sur ses plus hauts. Et il est trop tôt pour savoir si on assistera à un véritable retournement de tendance. « On aura une baisse dans les deux-trois prochains mois, même à Paris si la demande se tasse alors que certains se trouveront dans l’obligation de vendre pour des raisons personnelles telles que divorces ou décès », avance prudemment Thomas Lefebvre.

« Le marché devrait se rééquilibrer au profit des acheteurs », estime Christophe du Pontavice, directeur général d’EffiCity. Selon lui, dans les zones tendues, les prix devraient légèrement baisser. Dans les zones moins denses, ils devraient baisser un peu plus. « Je conseille aux vendeurs d’ajuster leur prix et d’être ouverts à la négociation », insiste-t-il. Actuellement les consultants EffiCity (1.500 agents immobiliers indépendants) constatent une différence de perception des prix entre les vendeurs et les acheteurs : 22 % des vendeurs anticipent une baisse des prix contre 46 % des acheteurs.

Déplacement de la demande

 

Et pour l’instant, la ruée sur les maisons de campagne ne se traduit pas encore par un bond de l’IPI zones rurales. « Cet indice inclut de l’ordre de 30.000 communes hors agglomérations, lesquelles incluent les communes voisines où se situe une bonne part de cette demande de maisons, explique Thomas Lefebvre. Pendant le confinement, beaucoup ont rêvé de maisons. Rien ne prouve que cet engouement sera durable. Reste que les maisons de campagne peuvent connaître un vrai regain d’intérêt. »

En tout cas, sur le terrain, la demande a évolué. Les conseillers indépendants d’EffiCity observent qu’aujourd’hui, 70 % des acheteurs se tournent vers des biens avec un extérieur (balcon, terrasse, jardin) et 39 % d’entre eux vers des maisons.

(1) Ces associations professionnelles représentatives sont l’Afib, Anacofi-IOBSP, Apic, CNCEF Crédit, CNCGP et Cie des IOB.

 

Marie-Christine Sonkin

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